Interview avec Anne-Claire Guering sur les coulisses de la création de son dernier album illustré : « Le Jardin du Roi » (Éditions Pinson Doré).
« Et si le bonheur ne se trouvait pas dans ce que l’on possède, mais dans ce que l’on apprend à donner ? »
(extrait de « Le jardin du roi« )
Avant que le conte « Le Jardin du Roi« naisse, il y a eu deux autres histoires qui sont passées à la trappe. Une première qui avait quasiment abouti, mais qui était trop différente de mon premier conte « Un cœur de renard« , et qui abordait des thématiques que je ne me sentais pas encore prête à traiter. La seconde était une réécriture d’un ouvrage anglais du XIXe siècle autour des légendes florales. Mais dès le premier jet, j’ai compris que cela ne fonctionnait pas.
Après un moment de panique ; car il ne me restait que trois mois pour créer le livre de A à Z, et je n’avais toujours pas de texte ; je suis repartie d’une feuille blanche, en essayant de retrouver l’état d’esprit dans lequel j’étais lors de l’écriture de « Un cœur de renard« .
J’ai simplement noté les éléments et les thèmes que je voulais explorer, en gardant uniquement la thématique des fleurs, et plus particulièrement celle du langage des fleurs. C’est un sujet qui me fascine depuis l’enfance, et qui se prêtait parfaitement à une histoire printanière.
Puis, presque sans réfléchir, j’ai écrit :
“Dans un royaume magnifique et prospère vivait un roi que personne n’aimait, car il ne faisait rien…”
Cette idée est née d’une observation assez triste : celle de personnes qui passent à côté de leur vie, sans prendre conscience de ce qui leur est donné, jusqu’à parfois tout perdre.
C’est une réalité qui m’attriste profondément, et qui m’a poussée à exhorter, à ma manière, à se réveiller et à réaliser qu’il n’est jamais trop tard pour changer et aller de l’avant.
C’est pour cela que mon histoire ne s’adresse pas uniquement aux enfants, mais à tous, sans limite d’âge.
Ce conte est une invitation à changer, à se pardonner, à aller de l’avant et à prendre soin de ce qui compte vraiment.
À partir de là, le récit s’est construit progressivement. Certaines choses se sont imposées d’elles-mêmes, tandis que d’autres sont apparues plus tard ; comme le chien du roi, qui n’existait pas dans la première version.
Alors que j’avais déjà bien avancé les illustrations, j’ai senti qu’il manquait un élément clé pour rendre le roi plus attachant et lui donner une véritable motivation pour évoluer. C’est ainsi que le chien est apparu.
Ce type d’ajustement fait partie intégrante de mon processus créatif : texte et image s’affinent ensemble, se répondent et participent à la profondeur de l’histoire. Je pense notamment à la lumière dans les illustrations, qui évolue au fil des pages et accompagne discrètement la transformation du récit.
Aujourd’hui, « Le Jardin du Roi « est enfin prêt à être découvert.
C’est une histoire qui a mis du temps à se construire, mais qui a finalement trouvé son chemin ; un peu comme son personnage.
J’espère qu’elle saura toucher ceux qui la liront et, peut-être, semer quelques graines.
Car après tout, il suffit parfois d’un regard nouveau, ou d’un geste simple, pour qu’un jardin oublié recommence à fleurir.